Panne ou manne d’investissements publics

Au fil des mois, les rapports s’égrainent et se ressemblent. Pour ne citer que l’IWEPS « la politique d’investissement des pouvoirs publics a trop souvent été la variable d’ajustement budgétaire ».

Les chiffres sont, du reste, sans appel : alors que le budget total des pouvoirs publics avoisine 53 % de notre richesse nationale, nous ne consacrons qu’à peine 2,3 % de celle-ci à l’investissement public, contre 5,5 % il y a quarante ans.

Cette situation est d’autant plus paradoxale qu’un consensus toujours plus large se dégage en faveur d’une relance substantielle des investissements publics, et ce, partout dans le monde. Le FMI, l’OCDE, le G20 ou encore le Bureau du Plan ne sont que quelques-unes des institutions qui démontrent, chiffres à l’appui qu’un relâchement de l’austérité et une relance des investissements publics productifs produiraient à coup sûr des effets retour rapides et durables.

En effet, les investissements publics suppléent la demande privée, génèrent des emplois et participent à la restauration de la confiance des acteurs économiques. À plus long terme, et pour autant qu’ils soient choisis avec discernement, ils augmentent la productivité et donc la compétitivité d’une économie. Le tram de Liège, dont Eurostat a récemment accepté qu’il soit mis hors des comptes publics, en est la parfaite illustration.

Malgré l’accumulation de constats accablants et de plaidoyers économiques étayés, l’Union européenne peine toujours à les entendre et à en tirer les conclusions qui s’imposent. En effet, la combinaison des normes comptables européennes et des règles budgétaires ne permet pas de distinguer une dette contractée pour couvrir un déficit courant de celle visant un investissement productif.

Je me réjouis de l’appel à un « Pacte national d’investissements », lancé par le Premier ministre au lendemain du drame de Caterpillar. Toutefois, force est de constater que la promesse tarde à se traduire en actes. De même, le doublement du Plan Juncker est une excellente nouvelle, mais elle reste insuffisante, tant en ce qui concerne les montants que les formules de financement éligibles.

À dire vrai, il est à craindre que ni l’une ni l’autre de ces initiatives ne puisse réellement répondre à l’urgence, tant que le dogme de l’austérité dominera l’esprit des responsables politiques en Europe.

C’est pourquoi, fort de mes expériences de membre de la commission du budget, tant à la Région qu’à la Fédération, et de ministre du Budget, j’en appelle à un changement de paradigme. Il est devenu incontestable qu’une gestion plus stricte des dépenses de fonctionnement doit être compensée par une politique forte d’investissements publics, au besoin via un recours mesuré à l’endettement.

Dans ce nouveau numéro des Cahiers de la Présidence, je formule, de l’Europe jusqu’aux communes, une manne de propositions face à la panne des investissements publics.

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